Projet 2019-2020

Explorer des formes de sensibilité au vivant

Ce projet artistique s’articule autour de plusieurs directions que je souhaite développer durant les prochains mois (2019/2020):

– Explorer les questions relatives à l’environnement et à l’écologie au travers du langage des arts visuels.

– Prise de connaissance des paysages allemands et les étudier par le biais de la tradition des paysages germaniques et du Rhin.

1. Paysages néo-formés et forêts primaires :

Mon projet veut se déployer, en alliant prospection et restitution des paysages néoformés et paysages primaires en France et en Allemagne. Mon projet se découpe donc en deux phases bien distinctes durant le parcours:

– la première en prospectant les paysages hérités et néo-formés des différents Länder allemands, mais aussi en parcourant les forêts primaires et d’en restituer leurs caractéristiques ;

– la seconde phase, correspond au travail de recherche plastique et de restitution en atelier.

2. Déchets liés aux activités des sociétés humaines :

Mon travail graphique se développe actuellement autour de l’iconographie du paysage et des sites naturels. En choisissant d’aborder le paysage sous l’angle des déchets liés aux activités des sociétés humaines, je propose de traiter le paysage et sa représentation comme une conséquence de notre système de société. Les résidus des sites d’extractions en sont un exemple. Ils surgissent aux creux des paysages et sont la marque de l’humain. Appelés « haldes » dans les régions d’influence germanique, ils sont les traces stratigraphiques de notre activité humaine.

Ma démarche découle de cette envie d’illustrer et de documenter cette réalité, et de rendre cette nature, notre environnement, davantage politisé. Chaque arbre, branche, roche est cet élément de nature qui entre en résonance avec notre activité et qui acquiert une dimension symbolique. Il s’agit aussi d’émerveiller, par la mise en forme, le cadrage, les ombres, tous ces lieux. Qu’il soient lieux de luttes, ou lieux désertés à l’image de maisons vides, abandonnées, laissées en chemin du fait de crises économiques, d’urbanisation ou d’évolution de nos modes de vie et de travail.

3. Traverser les frontières :

Le projet se propose d’une part de traverser les frontières afin d’ouvrir les perspectives sur d’autres modalités et d’interroger notre lien à la fois national mais aussi européen sur la nature, le paysage et l’environnement. En traversant physiquement les frontières, le projet se pense comme une mise en récit de nos impacts ; en tant qu’humains, sur la nature et en quoi ils se ressemblent ou diffèrent de nos voisins. Ces récits prendront forme à partir d’expéditions dans ces territoires.

4. Explorer des formes de sensibilité au vivant :

Il s’agit aussi de questionner l’empreinte géologique de l’humain dans l’avenir de la planète au travers du dessin, de la peinture, et techniques graphiques. Le projet a donc pour but de s’incarner au travers de récits artistiques de transformation de la Terre et du paysage. Plus précisément le projet vise à inscrire dans la pratique artistique, les impacts de l’humain sur son environnement naturel. Le projet sera itinérant et aura pour finalité de collecter des fragments visuels autour de l’environnement et des paysages en France, et en Allemagne. Les paysages traversés sont par définition appelés a disparaître. L’accumulation de données visuelles autour de ces paysages aura également une valeur patrimoniale. Le projet aura aussi pour finalité de réaliser, d’illustrer et de dessiner des portraits de fragments naturels et de paysages qui auront disparu au retour du projet.

En filigrane ce travail de pistage sur le terrain propose d’enquêter sur nos formes de sensibilité au monde vivant: à quoi prêtons-nous volontiers attention dans la nature? Que manquons-nous de voir et que négligeons-nous? Qu’est-ce que cela dit de notre rapport au paysage? et de nos relations au vivant? Il s’agira de comprendre la manière dont notre régime d’attention ordinaire au vivant s’est construit, afin d’imaginer des manières de l’enrichir en contexte de crise écologique.

5. Recherche géologique et les paysages hérités :

La perspective écologique bouleverse et renouvelle les repères culturels de nos sociétés. L’inscription actuelle de nos actions à court terme transforme durablement nos paysages et notre environnement naturel immédiat. Le projet propose la prise en compte de l’interdépendance de l’homme avec la nature. Nos actions et celles de nos pays dits “développés” s’inscrivent aussi dans l’histoire à l’échelle géologique, avec des conséquences qui s’étalent sur des centaines d’années (déchets industriels et chimiques, contamination de la biosphère), et des milliers d’années (l’élévation du niveau des mers, les événements irréversibles…). La responsabilité vis-à-vis des générations futures que porte la conscience écologique déstabilise notre inscription dans le présent, aujourd’hui exacerbé par l’individualisme, et nécessite d’habiter le monde autrement. Le projet implique d’être physiquement sur le terrain afin de trouver des objets fictionnels en vue de leur donner corps et ainsi créer d’autres imaginaires. Qu’est-ce qu’un sol durable ? Comment les sols sont-ils exploités ? Et comment, par nos actions, se transforment les sols ? Quels paysages modelons-nous ? Et quelle échelle de temps nous donnons nous ? L’humain dispose d’une moyenne de vie de 80 ans, et pourtant ses actions se font sentir sur des échelles de temps plus longues. Le projet souhaite donc initier une culture de la nature au travers de récits graphiques s’inspirant de paysages existants.

6. La démarche :

Ce projet tente d’expérimenter et de mettre en pratique une approche artistique basée sur la transformation des territoires et propose de poser notre regard sur notre environnement et notre bien commun qu’est la nature.

Le médium utilisé, crayon graphite gris sur papier bristol, permet une précision proche de la réalité. La couleur du crayon, le gris, est sobre et neutre. Chaque image est construite sur la même gamme de tons et me permet d’évoquer l’isolement, le caractère urgent et triste de la situation. Ce choix du crayon graphite m’aide à souligner la dramaturgie de ces luttes et de ces environnements et expose la fragilité de ceux-ci face à nos décisions et nos choix.

Le travail en «série » et la répétition du thème favorisent la constitution d’images « génériques » et intègrent la complexité. Les lieux représentés réels peuvent se situer en France, en Allemagne, aux États-Unis. Par ce travail plastique, ils acquièrent un statut symbolique et peuvent ainsi se compléter ; se dédoubler, se ressembler. Ici, bien que chaque image puisse avoir sa propre réalité territoriale, elle devient devient plutôt allégorie.

Ce projet au travers des paysages allemands débutera à Freiburg im Breisgau au sein d’un collectif d’artistes (KunstScheune), et se poursuivra en itinérance.

7. Le parcours :

Le rapport au vivant est privilégié et oriente ma pratique artistique. Les paysages produits et dessinés ne se sont pas uniquement une ode à la nature, mais supposent la fragilité de ceux-ci face à nos actes. Ils peuvent enfin aussi permettre une prise de conscience. Le parcours traverse les paysages hérités et contrastés d’Allemagne en rendant compte du réel. Plusieurs territoires et zones seront visités avec une approche historique de l’impact de l’humain sur le territoire et le paysage :

– Bure (Grand Est – France) : Projet d’enfouissement des déchets nucléaires

– Altenberg (Saxe) : Mine d’Etain (1620)

– Hartz : paysage paléo-industriel

– Schwatz/Brixlegg (Autriche) : Mine d’Argent (empire Austro-Hongrois)

– Eizenherz (Autriche) : Mine de Fer (exploitation par gradin)

– Eizenach (Hesse et Thuringe) : Mine de Sel – Schelma : Mine d’Uranium

– Heringen : Mine de Charbon

– Gorleben : Mine de Charbon

– Hambacher Forst

– Asse

8. Vocabulaire et restitution :

Les paysages traversés étant voués à disparaître, les images réalisées seront donc mémorielles. Cette approche graphique et iconographique du paysage se veut le reflet des préoccupations de la société au regard des nouveaux enjeux environnementaux. Ce travail donnera lieu à l’édition d’un livre et rassemblera l’ensemble de la matière accumulée.